Ô SAINTE BIÈRE


Il neige, les calendriers de l’Avent sont sortis (dont mon favori : le calendrier de bières) et tu réalises que tu ne pourras pas durer encore longtemps avec tes Toms dehors ? Voilà tout autant de signes qui signifient que Noël est à nos portes ! Qui dit Noël dit mal au foie pour certains, tandis que pour d’autres il s’agit plutôt d’une recrudescence de la foi : réveillon à l’église, crèche sous le sapin, mononcle Gérard qui n’arrête pas de sacrer… Pour ma part, j’avoue que les Saints que je fréquente sont au juste milieu de ces deux foi/es : Saint-Bock, Saint-Houblon…

D’ailleurs, saviez-vous qu’il existe un saint patron des… brasseurs ? Oui oui ! Il y a un saint patron pour à peu près tout le monde. Par exemple, si Saint Raymond de Peñafort est le patron des véliplanchistes, Saint Syméon le Fou est celui des marionnettistes tandis que Saint Glinglin est celui des gens en retard. Saint Fiacre protège quant à lui les chauffeurs de Taxi, Saint Matthieu s’occupe des agents des douanes et Saint Dominique Savio répond aux demandes des petits chanteurs (je n’ai malheureusement pas trouvé le saint répondant aux chanteurs de grande taille…désolé Garou).

Mais comment devient-on saint patron de la bière ? En faisant un miracle impliquant du malt et du houblon évidemment ! En fait, comme il n’existait pas de corporation de brasseurs au Moyen Âge, chaque région choisissait son propre saint du houblon, ce qui fait qu’à Paris les amateurs de bières vénéraient la Vierge Marie tandis qu’à Strasbourg et Rouen il s’agissait de Saint Léonard de Nollac. Toutefois, les deux saints les plus connus dans l’univers de la cervoise sont sans contredit Saint Arnoul de Metz et Saint Arnoul de Soissons. À noter que l’orthographe tend à changer, mais qu’autant Arnoul, Arnoult et Arnould sont acceptés (c’est comme Dupond et Dupont dans Tintin).

Le premier, Arnoul de Metz, naquit en Lorraine (comme la quiche) et fut précepteur pour le roi Dagobert (celui qui a mis ses culottes à l’envers). Malgré les menaces du roi de faire tuer ses fils, Arnoul quitta son poste afin de devenir ermite (on commence à voir le lien avec les brasseurs) et soigna des lépreux dans le fond du bois jusqu’à sa mort vers l’an 640. C’est lorsque sa dépouille fut rapatriée vers Metz qu’il aurait réalisé son miracle malté : les personnes chargées de transporter son corps se retrouvèrent sans eau ni bière à la moitié du trajet. Ils prièrent donc Arnoul de leur procurer de quoi se désaltérer… et de la bière serait miraculeusement apparue dans leurs tonneaux vides. Je sais, je suis moi-même sceptique quant à ce genre de miracles, mais s’il y a bien une chose à laquelle je veux croire, c’est un saint qui fait apparaître de la bière !

Le second Arnoul vient de Soissons, en Belgique. Il fut d’abord un valeureux soldat qui, semble-t-il, aurait fait couler beaucoup de sang, mais il choisit de se retirer et de devenir moine (ô surprise, un ecclésiastique au passé trouble). Il devint par la suite évêque de Soissons, ville où il entreprit de brasser de la bière. Selon la légende, Arnoul aurait sauvé son village d’une épidémie en bénissant un baril de bière : tous ceux qui en burent auraient miraculeusement été épargnés, marquant ainsi la fin de la propagation de la maladie. La version plus pragmatique de cette histoire serait qu’Arnoul, remarquant que de nombreuses personnes mourraient après avoir bu de l’eau contaminée de la rivière, encouragea plutôt les villageois à boire de la bière sachant que l’eau portée à ébullition éliminait les microbes du brassin. Pas fou ce Arnoul, pas fou ! On lui attribua par la suite quelques miracles, comme celui de changer de l’eau en bière pour guérir des malades… et il n’en fallut pas plus pour qu’il soit canonisé.

Bref, si en cette période des fêtes qui approche vous avez envie de renouer avec votre héritage culturel catholique, mais que vous n’avez pas le goût d’aller vous faire chier à l’église le 24 décembre, invoquez à la place Saint Arnoul en récitant la bénédiction de la bière :

Bénis, O Seigneur, cette bière nouvelle, qu’il t’a plu de tirer de la tendresse du grain : puisse-t-elle offrir au genre humain un remède salutaire : fais que, par l’invocation de Ton saint nom, quiconque en boive recouvre la santé du corps et la protection de son âme.

Ou faites comme moi et ouvrez-vous plutôt une Évêque de la brasserie Saint Arnould.

Cheers !

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