TÊTE D’ALLUMETTE : UNE MICROBRASSERIE TOUT FEU TOUT FLAMME


[Article 3/10 de la série de la Route des bières de l’Est. Article précédent ici]

Le rêve, qu’on se disait : passer une semaine à faire le tour de l’Est, à découvrir les gens qui y fleurissent et boire le doux nectar de leurs terres ! Mais on réalise rapidement que ce chemin du bonheur n’est qu’en fait une tumultueuse suite de coups de foudre et de déchirantes ruptures amoureuses. À peine avons-nous le temps de nous remettre de notre belle histoire au Secret des Dieux qu’on retombe tout aussi vite en amour avec notre prochaine destination, la microbrasserie Tête d’allumette.

De toutes les microbrasseries prévues sur notre itinéraire, c’est Tête d’Allumette qui avait fait le plus jaser : « À ce qui paraît, ils brassent leur bière sur un feu de bois ! », « Oh mon Dieu, c’est tellement beau là-bas ! », « Tu dois absolument rapporter des growlers ! », « Deux mots : les toilettes ». Les attentes étaient donc très hautes, et Dieu sait qu’il est facile d’être déçu dans ces cas-là.

Spoiler : c’était sua coche.

À première vue, on a l’impression d’entrer dans une vieille cabane de pêcheur. Sauf pour les ampoules suspendues, tout le bar est construit à partir de grandes lattes de bois. Les tables sont faites à partir d’anciennes allées de bowling et le comptoir, gravement délavé, donne l’impression qu’il a été la victime de plusieurs tempêtes ; peut-être un clin d’œil au fait qu’il n’en est pas à sa première coulisse de bière. L’esthétisme est finement travaillé, jusqu’aux murs des toilettes qui sont recouverts de bandes-dessinées (pas besoin d’amener ton téléphone si t’as besoin de divertissement, ah !), et l’émerveillement continue lorsqu’on pose les pieds sur la terrasse : la vue sur le fleuve est tout simplement phénoménale. Si s’installer au bar pour déguster nos premières bières était la solution pratique afin de pouvoir discuter avec Élodie Fortin, co-propriétaire et conjointe du brasseur, l’envie d’aller s’installer à l’extérieur a rapidement pris le dessus sur notre discussion. Notre conversation avec Élodie allait se poursuivre plus tard ; c’était le moment d’aller continuer notre dégustation dehors, emmitouflés dans des couvertures et se laissant caresser par l’air du Fleuve Saint-Laurent.

On ne vous apprendra rien si on vous dit que la bière est constituée à 90% d’eau. Elle changera donc drastiquement le goût du produit final si elle n’est pas contrôlée et testée adéquatement. L’eau utilisée chez Tête d’Allumette provient d’une source extrêmement minérale, une eau se rapprochant beaucoup de celle que l’on retrouve en Angleterre. Vous vous demandez si la différence est perceptible au goût ? À notre arrivée au bar, après avoir pris notre première gorgée d’eau, on était convaincu qu’elle avait été infusée avec du melon d’eau. Mais non, c’était bel et bien de l’eau du robinet ! Tandis que cette particularité donne à Martin Desaultels, brasseur et propriétaire, la possibilité de faire de superbes bières anglaises, les choses se compliquent un peu lorsque vient le temps de faire d’autres styles, tels que des IPA, par exemple. L’eau doit à ce moment-là être déminéralisée, chose qui se fait très rarement dans le milieu.

Il n’y a pas que l’eau qui est unique chez Tête d’Allumette : l’endroit est en fait principalement reconnu comme étant la seule microbrasserie en Amérique à brasser ses bières sur feu de bois. C’est lors d’un voyage révélateur en Belgique que Martin est tombé sous le charme d’une brasserie qui brassait encore à l’ancienne, troquant les grandes cuves en inox pour un traditionnel foyer à bois. Il ramena cette idée avec lui au Québec, mais puisqu’aucun système de ce genre n’était disponible sur le marché, il dû attendre trois ans, confiant son projet au centre de recherche Solution Novika à La Pocatière, avant d’obtenir une magnifique cuve pour feu de bois. C’est très certainement une belle manière d’attirer les curieux, mais ce foyer ne sert pas qu’à attiser les conversations. Lors du brassage, le contact direct entre le feu et la cuve fait en sorte que la chaleur de son moût augmente très rapidement, ce qui caramélise le grain et confère à la bière un côté légèrement plus sucré. Additionnons ça à une eau plus dure que la moyenne et à l’indiscutable talent de Martin, et on obtient des bières franchement magnifiques.

Mais parlons-en, de ces bières ! Au lieu de nous servir un plateau de dégustation, Élodie nous sert les galopins un à un afin de les garder bien frais et effervescents, une attention très appréciée. On commence avec la Zizane et la Pioche, deux saisons brassées à partir de la même levure. La première est légèrement poivrée et citronnée, mais on tombe tous en amour avec la seconde, qui mélange pêches et agrumes en début de bouche pour s’estomper dans une douce amertume herbacée. On découvre ensuite la Blanche Tête & les 7 Grains, une soyeuse et crémeuse blanche au riz basmati. Mais surprise : elle goûte énormément la noix de coco et personne ne sait pourquoi, ni même le brasseur ! Il est aussi amusant de noter que le nom provient du fait que cette bière a été brassée par sept personnes. Martin trouvait important de montrer à son équipe de service comment étaient brassées les bières ; ce sont donc sept têtes qui se sont penchées par-dessus la cuve lors de la création de cette recette.

On explore ensuite des produits plus saisonniers : la Snow Lager, brassée avec de la neige fondue (je me suis enfin trouvé une raison d’aimer la neige !), la Tête Froide, une cream ale brune au cold brew qui dégage une délectable odeur de cassonade, et la Tête dans le Sieau, une blonde à l’érable qui met en valeur non pas le sirop mais bien l’eau d’érable, un produit délicat et très minéral.

Finalement, c’est en s’installant sur la terrasse qu’on clôt notre visite avec deux bijoux : la United Peppers, une collaboration avec La Fabrique, et L’œil du Mouton, une collaboration avec Les Coureurs des Boires. Cette dernière se trouve à être une Vossaøl, un style de bière issu du patrimoine brassicole oublié de la Norvège. Martin Thibault, des Coureurs des Boires, a rapporté une souche de levure « kveik » de son dernier voyage en terres norvégiennes, et c’est ce qui a permis aux deux artistes de créer ce breuvage sucré et cuivré, avec des notes de poivre et de banane. Un coup de cœur unanime dans notre équipe !

 

Tête d’Allumette fêtera son 4e anniversaire en juillet. On ne sait pas si on doit s’attendre à des festivités, mais si on se fie à la tendance actuelle, il semblerait que Martin n’ait pas besoin d’excuses pour sortir des produits d’exceptions ! Les collaborations se succèdent, notamment avec nos homies de la brasserie Harricana, et on ne cesse de se pâmer devant chaque nouvelle création, comme la nouvelle version de leur fameuse NEIPA, la Tête de Houblon 10.0, qui est sortie début avril. On a entendu dire que de louer des maisons là-bas durant l’été ne coûtait vraiment pas cher, et on avoue avoir eu envie de tout abandonner pour s’exiler ici et boire de la bière pour toujours. Il faut l’admettre : rêver ne fait de mal à personne, mais on peut dire que Tête d’allumette nous a littéralement mis le feu aux poudres !

Un grand merci à Élodie et Martin pour votre temps et votre générosité, on espère vous recroiser bientôt !

Tête d’Allumette
265, route 132 ouest, Saint-André, Québec, G0L 2H0

Horaire :
Lundi au mercredi : Fermé
Jeudi : 14h – 23h
Vendredi : 14h – minuit
Samedi : 12h – minuit
Dimanche : 12h – 20h

C.P. : Audrey Rose

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