FICTIONS ÉTHYLIQUES – CHRONIQUE INSPIRÉE DE LA CUVÉE D’HIVER 2018


L’hiver est la saison du « swipe droit » pour ne pas avoir froid, mais comme j’ai trop balayé à gauche, il ne reste que l’alcool qui me réchauffe. Cela dit, février étant le mois de la prohibition délibérée, je ressors de 28 jours de petits pieds esseulés et congelés.

Mais aujourd’hui enfin, vient le temps de remettre des bûches dans le foyer. Voilà pourquoi je vais à La Cuvée : parfait endroit pour festoyer, s’enivrer…et cruiser. J’y rejoins mon amie Sophie : la casée depuis une éternité qui n’a jamais besoin de raison pour célébrer.

On entre dans l’antique église pas papale : les portes s’ouvrent sur une chapelle point Sixtine au plafond voûté. De toute évidence, Michelangelo n’a jamais œuvré dans Griffintown. Je parle ici du peintre florentin et non de la tortue émeraude au bandana orange navel. Quoi que je ne crois pas non plus qu’elle se soit souvent fait livrer de pizza sous le bassin Peel.

J’avoue habituellement ne pas être une fan de l’amalgame entre brasserie et eucharistie. Selon moi, baptiser une bière ne devrait pas se résumer à réunir un ingrédient de moût et un nom de Saint avec une photo de broue. Je ne suis plus capable des canonisés dont on se câlisse utilisés à des fins de calembours caducs au champ lexical brassicole.

Mais ici rien n’est pas pareil. Il y a une ambiance de speakeasy trop easy et les barmans à bretelles servent leurs délectables drinks face à un photobooth ecclésiastique. Le lieu est magnifique et l’ambiance magique.

Comme dans un casino sans carte ni atout où il n’y a que les mixologues qui sont frimeurs, on échange notre argent contre des jetons. Eau de vie et vin de messe sont remplacés par gins, casks et stouts. Sur mon verre, le profil d’une femme houblonnée, l’œil caché derrière un bouquet d’amères vivaces, me regarde en me sommant de caler. Ni une, ni deux, je fais cul sec.

Sophie m’empoigne. Je l’accompagne sur la piste de danse. Le band bedonnant nous lance des notes que nous évitons en se remuant le jupon. Mes joues prennent de plus en plus la couleur cramoisie de mes lèvres grimées. Il fait chaud. On se réhydrate à coup de bock de malt et on rit à s’en dilater la rate.

Évidemment, je n’ai pas closé. En fait, j’en ai même oublié de cruiser. Il y avait pourtant de beaux barbus brasseurs (un pléonasme) et de jolis danseurs swingneurs. Mais la musique et les boissons fermentées m’ont obnubilées toute la soirée, jusqu’à m’en faire oublier mon envie de bécoter.

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