PETITE RÉFLEXION SUR LES UNIFORMES DES EMPLOYÉ.E.S DE BARS…


Travailler dans le milieu de l’hospitalité (restos, cafés, bars et certains corps de métier dans les hôtels), c’est faire partie d’un monde… spécial. C’est difficile physiquement, tout va très vite, il faut faire face aux caprices et particularités des clients, les horaires ne sont pas évidents et malgré tout ça, ce n’est pas très valorisé. Mais si on ajoute à ça le travail de nuit et l’alcool, ça complique encore le tout. Et si les employées sont en plus obligées de porter un uniforme qui les fait sentir à la fois inconfortables et exposées, des situations très malaisantes peuvent se produire. L’uniforme, qui doit en principe représenter l’entreprise, vient certainement aggraver et exacerber tout ça.

Source : yelp.com

Pourquoi un uniforme ?

On peut comprendre les employeurs de prôner l’uniforme ; ces derniers comportent en effet différents avantages. Permettre d’identifier immédiatement le personnel, bien sûr. Mais aussi participer à l’image et à la « mise en marché » de l’établissement. Sur leur quart de travail, les employé.e.s représentent le bar et participent donc à une « bonne impression » générale.

Deux poids, deux mesures

Le fait est qu’il y a souvent (pas toujours ! À bas les généralisations !) une grande différence entre les uniformes des hommes et des femmes dans le milieu des bars et un certain double standard qui prévaut.

On peut par exemple demander aux filles de se vêtir et de se préparer (coiffure élaborée, maquillage complet, manucure parfaite, etc.) d’une manière qui reste beaucoup plus complexe que celle de leurs collègues masculins. On entend beaucoup d’histoires d’horreur de filles qui doivent porter des robes « si serrées » qu’elles ne peuvent mettre des sous-vêtements dessous, ou encore de « shifts » de 9 heures avec des talons aiguilles qui leur donnent des maux de dos perpétuels… Et ces conditions spécifiques compliquées simplement pour « aller travailler » sont pénibles en soi, mais elles sont en plus insidieuses pour les employées, puisqu’elles présupposent que leur emploi est directement lié à leur apparence physique.

En contrepartie, les employés masculins des mêmes bars peuvent souvent se présenter au travail en chaussures confortables et sans nécessairement avoir à faire des efforts particuliers par rapport à leur apparence.

L’exemple de l’Ontario

En 2016, la Commission ontarienne des droits de la personne a publié un rapport demandant l’élimination pure et simple des uniformes de travail et codes vestimentaires sexualisés, spécifiant qu’il s’agissait de discrimination. La commissaire de l’organisme, Renu Mandhane, y affirme ainsi que « les employeurs doivent s’assurer que leurs codes vestimentaires ne renforcent pas les stéréotypes sexistes. Ces codes laissent entendre que la valeur de l’employée est liée à son apparence, [alors que] cela n’est pas juste ».

Cet appel à tous n’a malheureusement pas donné suite à une réglementation, mais a tout de même poussé différents employeurs à revoir leurs politiques internes. À notre connaissance, une telle initiative publique n’a jamais été menée au Québec, et c’est dommage.

Pour l’instant, la loi québécoise permet aux employeurs d’obliger un uniforme, mais dans les limites où celui-ci n’est pas « dégradant » pour l’employé.e. Selon L’Actualité, « les patrons de bars s’exposent à des plaintes s’ils obligent leur personnel à revêtir une tenue sexy : cela peut être considéré comme une discrimination fondée sur le sexe ». Et à plusieurs reprises, les causes portées en Cour ici se sont ainsi soldées par une victoire des plaignantes. « L’employeur a le droit de chercher à projeter une certaine image, mais pas une image qui dégrade les employé.e.s, » a expliqué Hélène Tessier, ancienne avocate de la Commission québécoise des droits de la personne.

Quelle serait la meilleure solution ?

Mes longues soirées de travail dans un bar sont définitivement derrière moi (je n’avais pas d’uniforme, je ne me suis jamais sentie comme un objet et j’en suis aujourd’hui bien reconnaissante), alors j’adorerais recevoir les commentaires et suggestions de celles et ceux qui sont présentement dans la situation.

Mais la meilleure politique pour les employeurs serait peut-être simplement d’offrir différents choix ? Certaines filles sont peut-être à l’aise avec l’uniforme (très) sexy, ou plutôt sont d’accord pour en faire abstraction en contrepartie de pourboires plus généreux. Mais pour d’autres, les talons hauts, les jupes très courtes, ainsi que les décolletés plongeants sont peut-être une torture qui rendent leur quart de travail extrêmement pénible et éveillent un profond sentiment d’injustice quand elles se comparent à leurs collègues masculins.

Il y a probablement moyen de présenter une image cohérente et positive de l’établissement, en élargissant quand même les options pour les employées ? Mais plus important encore que de laisser les filles être plus à l’aise pendant leur travail, il faudrait aussi promouvoir une culture interne qui supporte ces choix. Parce que permettre à une bartender ou une serveuse de porter des jeans ne demeure qu’une option théorique si cette dernière ressent très clairement que ce choix vestimentaire n’est pas favorisé par les gérants ou les patrons.

Source : premierworkwear.com

Des exemples d’uniformes qu’on aime

Personnellement, j’ai un faible pour les uniformes assez minimalistes qui sont « on brand », mais qui permettent aux employé.e.s de se sentir bien et
libres de leurs mouvements. Le mot-clé, c’est stylé, pas sexualisé !

Source : deals.kancyl.com

 Ceci peut être réalisé avec un simple t-shirt de l’établissement ou encore avec un tablier, qui, dans cette époque de cocktails personnalisés, d’alcools provenant de petites entreprises sympathiques et d’ingrédients recherchés, renforce encore plus l’impression du ou de la bartender comme un.e « créateur.trice » et un.e. artisan.e.

Source : hakui-shop.com

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